Light Sculptures 1981 - 2007

11/10 > 08/11 2008
Vue de l'exposition
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Keith Sonnier, le plus narratif des sculpteurs post-minimalistes ?

La JGM. Galerie propose de retrouver l'oeuvre de Keith Sonnier qui n'a pas été exposé depuis près de 20 ans à Paris. Le sculpteur américain revient au coeur de l'actualité depuis ces deux dernières années. Une exposition lui a été consacrée chez Pace Wildenstein à New York, suivie d'une présentation chez Mary Boone Gallery, puis chez Sadie Coles HQ. La JGM. Galerie propose une dizaine de pièces des années 1980 à nos jours, permettant de revenir sur le parcours du plus européen des sculpteurs post-minimalistes.



Keith Sonnier débute sa carrière au milieu des années 1960, à New York, et expose dès 1972 chez Léo Castelli. Ses contemporains sont Carl André, Dan Flavin ou Sol LeWitt. Il partage avec eux la volonté d'une sculpture anti-illusionniste. Mais il se sert des rues de New York comme d'un grand bazar, récupère des objets et mélange les matériaux. Il emploie de nombreux tissus et rubans et, de façon bien personnelle, confère une dimension quasi-érotique à ses sculptures. Peut-être à son insu, ses oeuvres se révèlent dès le début plus narratives et plus littéraires que celles de ses contemporains. Ses choix de matériaux s'avèrent moins agressifs et se tournent davantage vers la séduction. D'autres sculpteurs s'érigent aussi à l'époque contre la froideur des sculptures minimales, comme Eva Hesse ou Robert Morris. Leur art, tout comme celui de Keith Sonnier, se veut émotif et interprétatif.



D'un point de vue formel, Keith Sonnier réalise des premières pièces aux figures circonscrites et structurées. Les oeuvres sont « rassemblées » et conçues à partir d'un nombre de matériaux restreint. En 1968, il découvre l'usage du néon. Il n'est pas le premier Américain à l'employer. Dan Flavin utilise les sources lumineuses dès 1961 et les néons industriels dès 1963. Bruce Nauman s'y attelle aussi à la fin des années 1960. Tout comme pour Dan Flavin, Sonnier y apporte une connotation mystique et rappelle que l'idée lui vint une nuit, où revenant d'une soirée dans sa Louisiane natale, il vit une valse de lumières danser dans un épais brouillard. Ses sculptures ont toujours été joyeuses, aériennes, mouvantes. Elles s'échappent d'un cadre, liant ensemble sol et mur.



Une autre particularité du travail de Sonnier est de s'inspirer de ce que l'on nomme poliment des cultures extra-occidentales. Très tôt, il nourrit le goût des voyages lointains. A commencer, pour lui américain mais de grand-mère française, par un périple d'un an à Paris de 1963 à 1964. Est-ce pour cela que les critiques voient dans ses formes géométriques des années 1970 des références au cylindre et à la sphère de Cézanne ? Plus tard, ce sera l'Inde, la Chine, Bali ou le Mexique. Il y découvre la calligraphie, l'ornementation, le pouvoir de la couleur et un sens de l'absolu. Il invente alors une sorte de signes linguistiques. Contrairement à ses pairs de la sculpture minimale, Keith Sonnier confère des messages à travers ses constructions. L'oeuvre ne renvoie pas uniquement à elle-même, à ce que l'on en voit. Elle évoque un ailleurs quasi-transcendantal, tout en prenant appui sur des matériaux du quotidien. Les néons rappellent de façon évidente Times Square ou les casinos de Las Vegas. Mais la technologie employée, car Keith Sonnier est aussi l'un des premiers à s'essayer à la vidéo et aux nouveaux médias, n'altère en rien sa quête d'idéal, d'absolu. En cela, on le rapproche à nouveau d'influences européennes, comme Mondrian ou Van der Rohe. L'Américain fait souvent appel dans ses grandes installations en extérieur aux trois tons primaires prônés par les maîtres du Néo-plasticisme : le bleu, le jaune et le rouge. Mais dans un style très personnel, plus visible dans ses sculptures, il y ajoute des références à diverses divinités découvertes lors de ses nombreux voyages. On verrait même dans certaines sculptures des masques africains ! Médiums du 20ème siècle et idoles atemporelles s'épousent. Keith Sonnier cherche à communiquer des atmosphères à travers ses sculptures. Il souhaite que le spectateur traverse ses lumières, s'en imprègne. Il quête leur adhésion totale.



En France, cette expérience quasi-holistique est à vivre au lycée Dorian de Paris, à la station de métro Joffre-Mutualité de Rouen, et, bien entendu, à la galerie JGM jusqu'au 8 novembre.      


Marie Maertens