Nam June Paik

17/06 > 18/10 2014
Vue de l'exposition
Vue de l'exposition
Vue de l'exposition




La Galerie Mitterrand est heureuse de présenter la première exposition personnelle de Nam June Paik à Paris depuis les années 80.

D'origine coréenne, Nam June Paik est considéré comme le fondateur de l'art vidéo. Après des études de musique en Corée puis au Japon, Nam June Paik part en 1956 terminer sa formation universitaire en Europe. Il rencontre alors l'avant-garde de l'époque notamment Joseph Beuys, John Cage, Merce Cunningham ... et rejoint à la fin des années 50 le mouvement Fluxus. Il produit alors des concerts-performances. Sa première composition en 1959, la Sonate n°1 pour violon solo, consiste à briser un violon sur un pupitre devant l'auditoire. En 1963, Paik présente pour l'exposition Fluxus  Music/Electronic Television  à la Galerie Parnass de wuppertal, une installation composée de 13 téléviseurs posés à même le sol dont l'image déreglée par des générateurs de fréquence ne diffuse rien d'autre que des rayures et des striures. Elle est considérée aujourd'hui comme la première oeuvre d'art vidéo. Les installations de Nam June Paik saisissent la perception du visiteur, à la fois par leur cacophonie visuelle et par les arrangements sonores qui en font des oeuvres d'art total. La notion de temps est essentielle dans l'appréhension de ses oeuvres, tout comme la dérision et l'humour.


Pour cette exposition, la Galerie Mitterrand présente un ensemble d'oeuvres de la fin des années 80, regroupant principalement une série d'oeuvres autour du film Casablanca de Michael Curtiz réalisé en 1942 avec comme têtes d'affiche Humphrey Bogart et Ingrid Bergman. Autour des pièces Casablanca (1989) -qui diffuse en boucle le film éponyme- et African Queen (1989) et Ingrid Bergman (1989) représentant les acteurs principaux, sont exposées Musical Clock (1989) et Beuys as Indian Chief and TV eyes (1989), deux oeuvres-installations expliquées ci-après.


Musical Clock, 1989


Cette oeuvre se profile précisément comme l'un de ces autels anthropomorphes que Paik aura eu le don de concevoir. Au centre de l'installation une horloge, tout à la fois tête et coeur, bat la mesure au rythme de son balancier. Cette mesure est filmée en temps réel par une caméra, placée en face d'elle, et répercutée sur tous les écrans de télévision qui se déploient sur la surface du mur. Au départ de l'horloge, c'est un vaste réseau qui se déploie, évoquant tantôt deux grands bras ouverts en une mimique drolatique, tantôt une succession de veines au fil desquelles circulerait du sang. Cette oeuvre peut être vue comme une métaphore de la ville occidentale dont l'activité entropique, narcissique et productiviste, ne s'interrompt jamais réellement. Le temps de l'horloge ici se fait chef d'orchestre: il est dans toutes les têtes, chacun s'y conforme pour mener ses activités, ses journées. La combinaison de l'horloge antique et de la télévision, invention récente, parle bien des écarts que suscite aujourd'hui notre société, conjointement fondée sur des ressorts ancestraux et emmenée dans une course folle à la métamorphose technologique, au progrès.


Beuys as Indian Chief and TV eyes, 1989


Autre figure charismatique que Paik aura côtoyée et célébrée au sein de son oeuvre, Joseph Beuys surgit comme un diable de sa boîte dans cette installation. Beuys qui s'est autoproclamé comme un artiste shaman est lui aussi une personnalité dont les préoccupations entrent fortement en résonnance avec celles de Paik, un de ses grands amis. C'est un artiste qui s'est soucié de politique, d'écologie, d'enseignement... Il a oeuvré tant et plus à s'émanciper du rôle qu'on assigne généralement à l'artiste dans la société, mais il a aussi et surtout mis l'accent sur la dimension mystique de l'art, presque occulte, que la société rationaliste a parfois tendance à ignorer. Paik se fait également très attentif à cette dimension. Plus encore, le caractère animé, cinétique de ses oeuvres, leur confère semblablement une dimension rituelle. Il y a quelque chose de l'ordre de l'offrande dans ses sculptures, du fétiche. Ainsi, dans la présente oeuvre, Beuys est mis en relation avec les stries colorées et imprimées d'une télévision au devant de laquelle se dresse un masque africain, empli de toute une charge spirituelle inconsciente et silencieuse.


Nam June Paik est né en 1932 à Séoul en Corée du Sud, il est décédé à Miami en 2006. Les nombreuses rétrospectives organisées en l'honneur de son travail témoignent de l'importance de Paik dans l'évolution de l'art contemporain : au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris en 1978-1979, au Whitney Museum et au Chicago Museum of Contemporary Art en 1982 et au Guggenheim de New York en 2000. Nam June Paik a reçu de nombreux prix, notamment de la part du Guggenheim, de la Rockefeller Foundation, l'American Film Institute, la médaille Picasso de l'UNESCO en 1993 et le Lion d'or de la 45e Biennale de Venise. Des expositions plus récentes ont eu lieu au Tate Liverpool en 2010 et au Smithsonian museum de Washington en 2012.



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